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Karo, sa vie, son histoire.
Depuis ton décès le 12 mars 2000, à chaque instant, je ressens ton énergie, ton amour. Ta philosophie de vie nous laisse croire que tu avais choisi ta maladie afin d’accomplir une mission importante sur terre.
TELLE L’ÂME D’UNE HÉROINE QUI DOIT OFFRIR SON EXISTENCE POUR FAIRE L’HISTOIRE.
Peu avant ta mort tu m’as demandé d’écrire unlivre sur ta vie; tu désirais livrer des messages.
Ton ascension spirituelle t’a permis d’accéder à la lumière; tu as découvert l’Être Divin en toi. LA VÉRITÉ. L’ABSOLU.
Ensemble, nous réaliserons tes derniers rêves. Je te promets qu’aux yeux de tous, tu demeureras EXCEPTIONNELLE.
Merci de guider mes pas et de m’amener à croire à une énergie d’amour et de conscience de L’AU-DELÀ.
À tout jamais, je me souviendrai de ton dernier regard transformé pénétrant mon âme et de ta voix qui m’a soufflé;
– TOUT EST POSSIBLE –
Cest trois mots résonnent encore en moi et m’aide à poursuivre le chemin.
Merci Karo, je t’aime éternellement.
Lynda
Extraits du livre Au-delà de sa mission
La réalité m’a sauté aux yeux
À mon arrivée à l’Institut thoracique, je suis montée à l’étage des soins intensifs. À ma vue, ma tante a éclaté en sanglots. Avant mon départ de la maison, j’avais prévenu toute la famille de ton état de santé. Karo, tu me connais, comment ai-je pu retenir mes émotions sans verser une seule larme ? Je me trouvais tellement courageuse durant cette période si difficile ! Tu me reprochais souvent ma grande sensibilité, tu détestais que je pleure en ta p s intensifs. À ma vue, ma tante a éclaté en sanglots. Avant mon départ de la maison, j’avais pré résence. Craignais-tu cette vulnérabilité que je n’arrivais plus à dissimuler ?
En ouvrant la porte du service des soins intensifs, je t’ai vue, toi, ma Karo, si pâle sur ce grand lit blanc, tes cheveux courts tout ébouriffés. Tu portais cette chemise d’hôpital qui ma foi, te faisait paraître encore plus malade. Tes grands yeux verts m’ont aussitôt aperçue, tu me regardais avancer. Tu me paraissais si fragile, si démunie. Tu portais une espèce de masque à oxygène, appelé communément Bipap dans le milieu hospitalier. Tu détestais cet appareil. Le masque si gros sur ton visage délicat te blessait. De plus, il émettait un bruit atroce et régulier semblable à un aspirateur commercial. Ton regard m’a figée. Tu étais incapable de parler mais tes yeux exprimaient tout. Je me suis approchée davantage de toi. J’ai saisi ta main, j’ai caressé ta chevelure. Je me suis penchée sur ton front, soigneusement, je me suis appuyée contre ta tête. Silencieuse quelques minutes, je cherchais mes mots pour ne pas pleurer. Tu as levé la tête en me m’observant de tes grands yeux abattus, tel un chiot cherchant l’approbation de son maître et ne désirant que des caresses. J’ai savouré le moment présent. Je craignais que ton état ne se soit aggravé durant le trajet.
Évidemment, j’aurais voulu te dire toute mon inquiétude, partager mon angoisse face à ta souffrance, pleurer toutes les larmes de mon corps mais tu n’aurais pas apprécié. J’ai donc pris un temps de réflexion avant de te dire sur un ton moqueur :
– Qu’est-ce qui t’arrive pour l’amour du Bon Dieu ?
Tu as secoué la tête en signe d’interrogation.
– T’as failli y passer, ma vieille !
Tu as haussé les épaules en signe de résignation.
– En tout cas, profites-en pour prendre un peu de repos , ai-je chuchoté à ton oreille.
Tu m’as serré la main. Le moindre effort t’essoufflait. J’examinais ton corps frêle. J’effleurais le drain mis du côté droit de ta poitrine et un autre installé auparavant près de l’estomac. Ce dernier te nourrissait de façon adéquate et te fournissait toutes les vitamines essentielles. Tu guettais chacun de mes mouvements. Nous nous sommes répondues par le regard en poussant des soupirs d’incompréhension, tes yeux parfois surpris, tantôt exaspérés, tantôt tendres. Entre chaque geste, je te caressais tendrement pour te transmettre mon affection. Sur le haut de ton corps, je sentais plein de bulles occasionnées par la fuite d’air. Par ton attitude, tu semblais vouloir me dire que tu avais enfin des seins.
– Karo, ça ne se peut pas ! … Disons que rendu là, ça doit être le dernier de tes soucis ?
Tu m’as souri d’un air malicieux comme pour me narguer. Je ne pouvais pas croire que malgré tous ces problèmes, tous ces accablements, tu conservais ton sens de l’humour inébranlable. Certes, je continuais à palper ces bulles mais il s’agissait surtout d’un prétexte pour établir un contact que j’appréciais tellement. Chaque effleurement de ta peau douce, chaque toucher m’imprégnait de ta présence. Je me sentais en symbiose avec toi mais en même temps si loin. Si loin de tes pensées comme si toi seule traçais ton chemin. Je n’y pouvais rien.
Ma dernière nuit avec Karo
Extrait suivant : Chapitre 10 – page 154-155-156
Je te scrutais. J’examinais le moindre de tes mouvements. Je voulais voir en toi. Saisir l’invisible. Comprendre ce qui se passait. Je voulais que rien ne m’échappe. J’essayais de capter une faille. J’ai cru que tu rédigeais un testament que je remettrais à tes parents. Une espèce de compte-rendu de tes derniers moments parmi nous.
Je ne réalisais pas ce que tu écrivais. Ton énergie m’apparaissait plus puissante, plus intense, mais toi tu étais loin, si loin. Tu devenais deux personnes distinctes comme si ton âme se détachait de ton corps.
D’une phrase à l’autre, tu me ramenais à la réalité et promptement, tu défilais des choses imaginaires. Exténuée, tu m’as redonné le crayon. Puis en entrant dans une transe éveillée, tu as ressenti l’urgence de dire tout ce que tu ressentais au moment présent.
En penchant la tête vers l’arrière, tu m’as dit :
– OK ! OK ! Là je le sens, oui c’est ça ! Tu vas écrire mon livre Lynda.
– Le livre sur ta vie ? Oui, je pense que tu en as fait un bon « p’tit » bout ?
– Oui, exact, tu vas le continuer…
J’étais sans voix, je ne savais plus ce que tu voulais me transmettre.
– Écris des titres Lynda ! Tu m’as balbutié deux ou trois phrases plus ou moins complètes que j’ai écrites «Ma mission de vie et la planification de ma propre mort.»
Et tu m’as répété cela plusieurs fois.
– Oui, oui, je l’ai écrit ! Karo, je te l’ai toujours dit. Je veux que tous les gens sachent à quel point tu es spéciale. Ton livre je vais l’écrire puis on va le vendre à travers le monde. La planète entière va savoir qui tu étais. »
Évidemment, je disais cela pour te faire plaisir, pour te rassurer. Tu semblais tellement convaincue. Je ne voulais pas te décevoir. Je voulais que tu partes sereine, en paix et fière de tes accomplissements. Tu as compris ce que tu représentais à mes yeux lorsque je t’ai dit :
– Karo, tu le sais combien je t’aime. Quand tu seras au ciel, lorsque je prierai, ce n’est plus Dieu que j’invoquerai mais toi, ma KARO.
Tu as ajouté :
– Lynda, crois en toi autant que tu crois en moi et ta mission sera accomplie.
– Karo je t’aime tellement ! Tu vas voir Karo, on va faire un film avec ta vie, avec ton histoire ! Fie-toi sur moi. The sky is the limit ! ai-je répondu avec humour.
Avec un petit air malicieux, j’ai basculé vers l’arrière en m’ouvrant les bras en signe d’espoir.
Tout est possible
Tu n’appréciais pas mon humour ni mon détachement. D’un air autoritaire, tu as tiré sur ma jaquette pour que je me rassoie telle que j’étais. Tu as pris mon menton entre tes doigts maigres. Tu as collé mon nez près de ton nez. Tes yeux me fixaient. Ton visage se transformait. Ton front me paraissait plus proéminent, tes traits si doux se durcissaient. Tes yeux brunissaient. Jamais au grand jamais, je n’oublierai ce regard et ce, au-delà de ma propre mort. Ce regard d’une profondeur à me glacer le sang. Le temps s’éclipsait à nouveau. La réalité imperceptible. Je n’arrivais plus à distinguer ton visage délicat, la fraîcheur de ta jeunesse. Était-ce une hallucination ? Une illumination divine ? Une Grâce ? J’étais coincée dans une autre dimension. Muette. Bouleversée. Tu m’as dit trois mots. Trois mots qui se répètent inlassablement dans ma tête encore aujourd’hui. D’une voix forte, claire et assurée. D’une voix au-delà de l’humain, tu m’as dit :
– TOUT EST POSSIBLE.
– TOUT EST POSSIBLE, LYNDA, as-tu répété.
Pendant un laps de temps indéterminé, j’ai cessé de respirer. Je ne reconnaissais pas ce regard, je ne voyais plus l’innocence dans tes yeux. Ton visage se confondait avec les traits d’un homme puissant. Le regard d’un personnage de qui émanait une confiance inébranlable. La vision d’un ÊTRE transmettant un message important.
– Oui, oui Karo !… ai-je répondu timidement.
Par la suite, le reste demeure flou dans ma mémoire. Ce que je venais d’entendre résonnait au fond de mon âme jusqu’à la fin des temps. Tes paroles figées dans mon esprit m’empêchaient d’assimiler les autres propos.
– Lynda, ma mission se termine ici. Poursuis la tienne.
– Oui Karo, ne t’inquiète pas. Tu sais à qui tu parles, hein !
Mais je ne savais pas. Je ne savais plus. Je ne réagissais plus. Je respirais à peine. Incapable de réfléchir, je vivais le moment présent.